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Chaque dimanche quelques mots... SI TU LE VEUX, JE TE DONNE MA LÉPRE !


En bref, si on considère que la place des lépreux est à l'écart, dans les endroits déserts, ce que nous pouvons lire dans le Livre de Lévitique - "il habitera à l'écart, son habitation sera hors du camp" (Lv 13,46) alors, pour ainsi dire, le lépreux que Jésus a purifié lui a refoulé sa place.  Maintenant, c'est Jésus qui est obligé de "restait à l'écart, dans des endroits déserts" (Mc 1,45). D'une certaine manière, on peut dire aussi que Jésus en purifiant le lépreux est devenu lépreux à sa place. Dit comme ça, cela peut surprendre, mais l'idée n'est pas neuve : "Il a pris nos souffrances, il a porté nos maladies" (Mt 8,17), c'est une prophétie d'Isaïe qui se réalise en la personne de Jésus.


Regardons de plus près l'histoire de la purification de lépreux dans l'Évangile de Marc (Mc 1,40-45). En la lisant, nous pouvons constater un certain renversement de la situation après la purification de lépreux. Le lépreux dont la place est à l'écart interpelle Jésus, celui-ci agit, ensuite Jésus interpelle le lépreux et celui-ci agit aussi, sa réaction place Jésus à l'écart. 

D'habitude, c'est Jésus qui prend l'initiative, mais cette fois-ci c'est un lépreux s'adresse à lui : "si tu veux, tu peux me purifier" (Mc  1,40). La réponse de Jésus lui donne satisfaction : "je le veux, sois purifié" (Mc 1,41) et le lépreux est purifié. Tout a pu s'arrêter là, avec un bel accent hollywoodien "de partout on venait à Jésus" (Mc 1,45). Mais l'évangéliste ne s'arrête pas à la purification de lépreux et met à mal un happy end attendu par les habitués des belles histoires.

Alors, Jésus s'adresse à son tour à lépreux : "ne dis rien à personne" (Mc 1,44). Mais la réaction de lépreux est négative : "une fois parti, il se mit à proclamer et à répondre la nouvelle" (Mc 1,45). Un "oui" de Jésus contre un "non" de lépreux purifié a une conséquence presque immédiate : " à cause de cela Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville " (Mc 1,45).

Un "non" pour un "oui" est plutôt voulu dans ce texte et joue un rôle d'introduction à la réflexion sur la gratuité du geste de Jésus. En pensant à la gratuité, nous sommes plus attirés par l'idée que le bénéficiaire ne doit rien au donateur. Mais, reprenons cette pensée du côté du donateur. Il donne généreusement, sans rien attendre en retour, ce qui ne veut pas dire que ce qu'il donne ne lui coûte rien. Devenir généreux ne s'achète pas. Ce n'est pas la richesse ou l'abondance qui rend généreux. La générosité du donateur s'apprend aux risques de devenir comme bénéficiaire. Dans le cas de Jésus, quand il purifie un lépreux, ce risque est comme "un retour des flammes". Jésus est amené à partager l'expérience des lépreux et vivre à l'écart, être interdit d'entrée dans une ville. La générosité de Jésus le conduira finalement jusqu'à la Croix.

Jetons encore un petit coup d'oeil sur les disciples de Jésus. André et Simon, Jacques et Jean, les premiers appelés sont invisibles et inaudibles de ce texte de l'Évangile de Marc. Mais, les autres disciples, les auditeurs que nous sommes, nous sommes là, juste "de l'autre côté du texte". Nous entendons tout ce que dit l'évangéliste. Prenons donc place dans le texte. Une fois, la place de lépreux purifié par Jésus. Autre fois, la place de Jésus quand il est à l'écart, à la place prévue pour les lépreux. Mais prenons aussi place dans la vie des "mises à l'écart", "des interdits du territoire". Et encore, prenons place de ceux qui ont été bien accueillis et purifiés des raisons de leur mise à l'écart.